Ce V8 de moto n’a peut-être jamais tourné, une réplique le fait marcher aujourd’hui
Au Salon de Milan de 1938, une petite marque de Brescia expose deux prototypes suralimentés qui font sensation.
Galbusera, fondée par Plinio Galbusera et active de 1934 à 1955, présente un V4 deux-temps de 250 cm3 et, surtout, un V8 deux-temps de 500 cm3 (498 cm3 exactement). Personne ne l’a revu depuis, et rien ne prouve qu’il ait jamais tourné.
Une mécanique pensée pour défier la logique des deux-temps
Le moteur est l’œuvre d’Adolfo Marama Toyo, de son vrai nom Roberto Antonio Ivanicich, né à Fiume et l’un des pionniers italiens du speedway. Il aurait découvert la discipline en Australie, lors de voyages de jeunesse comme capitaine de la marine marchande, et Massimo Pasolini, père du champion Renzo Pasolini, racontait l’avoir connu et affronté en course à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Son idée : assembler deux blocs V4 dont les vilebrequins tournent en sens contraire, couplés au centre par trois pignons coniques. Ces vilebrequins contrarotatifs annulent le couple de renversement, tandis que l’embrayage, la boîte de vitesses et le pignon de sortie gardent une disposition classique.
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Architecture et performances annoncées
Le moteur est super-carré, avec un alésage de 44 mm pour une course de 41 mm, suralimenté par un compresseur et doté d’une lubrification inspirée des moteurs quatre-temps. Les pignons coniques entraînent aussi les deux allumeurs. La puissance annoncée atteint 28 ch à 8 000 tr/min, pour une vitesse maximale promise de 150 km/h, et aucun autre détail technique n’est connu. À titre de repère, la moto de route la plus fractionnée de l’époque est l’Ariel Square Four, une 1 000 cm3 à quatre cylindres : Galbusera annonce deux fois plus de cylindres pour une cylindrée deux fois moindre.
Un prototype qui disparaît dans le chaos de la guerre
La guerre met fin au projet. Les bombardements alliés de 1944 et 1945 détruisent l’atelier Galbusera à Brescia et, présume-t-on, les deux prototypes avec lui. Marama Toyo meurt le 30 mai 1946 à Trieste, à l’hippodrome de Montebello : pendant une course sur terre battue, il franchit la ligne en deuxième position sur une 500 de sa construction, puis perd le contrôle et heurte un muret en béton. La marque se concentre ensuite sur des modèles économiques, avant de fermer en 1955. Collectionneurs et musées, publics comme privés, ont cherché les deux prototypes pendant des années, sans rien trouver.
L’historien Augusto Farneti se lance sur leur piste dès les années 1960, mais à Trieste plutôt qu’à Brescia, et certains lui assurent que le V8 est passé en Yougoslavie. Un témoignage recueilli plus tard jette un doute plus profond. Angelo Codato, qui avait travaillé dans l’urgence et le secret aux pièces de fonderie des moteurs Galbusera à la veille du Salon de 1938, lui a confié son soupçon : les motos exposées étaient vides, puis abandonnées à cause des difficultés à alimenter de tels deux-temps multicylindres suralimentés et du manque d’argent. Une autre source affirme que le prototype n’a jamais dépassé le stade de la maquette. Il n’est donc pas établi que le V8 original ait jamais tourné.
Onze ans, quatre photos : la quête d’une réplique
Mirco Snaidero, artisan de Mels, dans le Frioul, jusque-là connu pour ses trancheuses à volant personnalisées, a décidé de le faire exister. Avec l’accord des filles de Plinio Galbusera, il a reconstruit une réplique en état de marche en s’appuyant sur seulement quatre photographies d’époque, au terme de onze ans de travail.
Faute de plans complets, il a dû interpréter, et parfois réinventer, une partie des détails mécaniques et esthétiques, ce qui a nourri des débats entre experts et collectionneurs. La réplique restitue le principe et l’allure du moteur, mais certaines solutions internes restent forcément des hypothèses.
La première publique et l’enquête mise en livre
La réplique a été dévoilée au public à l’Italian Bike Week de Lignano Sabbiadoro, du 18 au 21 septembre 2025.
Parallèlement à la présentation, un ouvrage intitulé Misteri svelati e il sogno della Galbusera V8, la moto scomparsa, signé par Franco Damiani di Vergada avec Giancarlo Cavallini, Alessandra Mattei Galbusera et Mirco Snaidero, et publié à l’initiative du Moto Club Trieste, retrace l’enquête sur cette histoire ponctuée d’incertitudes, de rumeurs et de trouvailles.
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Ce que la réplique ne tranche pas
La réplique ne dissipe pas toutes les zones d’ombre : rien ne dit si l’original de 1938 a jamais fonctionné, ni si l’un des prototypes a réellement quitté l’Italie. Elle fait en revanche entendre ce que les visiteurs du Salon de Milan n’ont peut-être jamais entendu : un V8 deux-temps Galbusera en marche.
Sources :
