La moto de Steve McQueen a des papiers qui ne correspondent pas à la machine
Une Scott Flying Squirrel attelée, datée tardivement 1937 ou début 1938, réapparaît sous les projecteurs du patrimoine motocycliste en raison de son lien avec Steve McQueen et d’une mécanique qui détonne.
L’outfit, restauré alors qu’il se trouvait encore dans la collection de l’acteur, sort d’une histoire de succession et de documents qui mêlent authenticité et bizarrerie administrative.
Un deux‑temps 498 cm3 refroidi par eau, rareté mécanique
La singularité de cette Flying Squirrel tient d’abord à son moteur: un bicylindre parallèle deux‑temps de 498 cm3, version longue course dite « Power Plus » issue des modèles sportifs de la marque. Contrairement aux deux‑temps majoritairement refroidis par air à l’époque, celui‑ci fonctionne avec un refroidissement par thermosiphon via radiateur, une solution de refroidissement liquide peu courante sur des machines des années 1930. Le groupe reçoit un carburateur Amal antérieur au Monobloc, une pompe à huile Pilgrim, un allumage par magnéto Lucas et une boîte de vitesses à trois rapports. Le moteur est par ailleurs doté d’un culasse démontable et l’échappement comporte un collecteur siamese alimentant un silencieux chromé de style Burgess, détails qui confirment l’orientation sportive de l’ensemble.

Châssis et side‑car: une tenue routière soignée
La partie‑cycle répond aux exigences d’une grande routière attelée: cadre ouvert triangulé, fourche avant à parallelogramme Webb, selle solo à double suspension et roues à rayons de 19 pouces. Le side‑car assorti dispose de son propre châssis à ressorts à lames, d’un siège unique, d’une portière latérale et d’un coffre pratique. La transmission finale s’opère par chaîne, et la sélection des rapports est assurée depuis le côté droit de la machine, conformément à certaines conventions d’époque.
Provenance et restauration: la valeur du nom
La Flying Squirrel a appartenu à Steve McQueen jusqu’à son décès en 1980. Elle aurait été restaurée alors qu’elle était encore dans sa collection, puis vendue lors de la vente de la succession McQueen, organisée à Las Vegas en 1984. L’outil patrimonial et mécanique a ensuite circulé en mains privées avant d’être proposé à la revente par un revendeur californien sur une plateforme d’enchères en ligne. Outre la machine, le futur acquéreur reçoit un certificat d’authenticité émis lors de la vente de 1984 et signé par le fils et la fille de l’acteur, ainsi que de la correspondance historique et un document d’importation britannique de 1990.

Une anomalie administrative saisissante
Si la provenance paraît solidement documentée, les papiers officiels introduisent une note d’étrangeté: le titre de propriété délivré dans le Missouri décrit la machine comme un modèle 1929, ce qui ne correspond ni à la datation retenue (fin 1937 ou début 1938), ni aux caractéristiques techniques relevées. Cette dissonance entre l’objet, son histoire matérielle et l’état civil administratif du véhicule ajoute une couche de mystère au dossier: le certificat de vente de la succession pèse d’un côté, le titre d’immatriculation d’un autre.
Un objet qui détonne dans la collection McQueen
Dans l’ensemble des machines associées à Steve McQueen qui refont surface, la majorité sont des monocylindres et bicylindres britanniques, souvent des engins tout‑terrain, scramblers ou machines de désert. Cette Flying Squirrel attelée change la donne: il s’agit d’une routière vintage, sophistiquée techniquement pour son époque, où se mêlent motorisation deux‑temps refroidie par eau et équipement spécifique pour le side‑car. L’ensemblier attelé révèle ainsi une facette moins attendue de la collection, tournée vers le patrimoine routier plutôt que l’aventure off‑road.

Enchères et situation au moment de la publication
Au moment de la publication, les enchères atteignaient 31 000 dollars, soit environ 24 000 livres, la vente devant se terminer le jour même. Il s’agit d’un état à un instant donné, et non d’un prix de vente final. La présence du certificat d’authenticité signé et des documents historiques constitue un argument majeur pour les collectionneurs, qui évaluent la machine autant par sa mécanique que par sa filiation patrimoniale.
Il a une cabine, des ceintures et des portières, mais sur sa carte grise c’est une moto
Patrimoine, mécanique et légitimité documentaire
Cette Scott Flying Squirrel attelée incarne la complexité du patrimoine motocycliste: rareté technique, restauration ancienne sous une figure publique, et dossiers administratifs contradictoires. Au‑delà de l’objet mécanique, la valeur réside dans la combinaison d’une ingénierie singulière pour les années 1930 et d’une provenance prestigieuse assortie de documents signés. Pour les amateurs d’histoire motocycliste, la pièce offre autant d’attraits techniques que d’interrogations archivistiques, rappelant que l’histoire des machines ne se réduit ni aux cylindrées ni aux catalogues, mais s’écrit aussi dans les papiers et les anomalies bureaucratiques.
Sources :
- Visordown
- Silodrome
