Né d’un jeu de cartes en 1968, limité à 3 ch et 50 km/h, le Vespino de Motovespa a pourtant séduit 1,8 million d’acheteurs
Certains deux-roues deviennent des symboles sans l’avoir cherché.
Le Vespino fait partie de ces objets populaires qui ont traversé les décennies, au point de rester présent là où la mobilité quotidienne continue de se jouer à petite vitesse et à petit budget. Son histoire, elle, démarre loin des bureaux feutrés: autour d’une table, pendant une partie de mus, ce jeu de cartes espagnol aussi social que stratégique.
Une naissance au comptoir, entre café et cartes
D’après les informations parues dans la presse spécialisée espagnole, l’homme-clé s’appelle Vicente Carranza. Originaire de Salamanque, il suit des études d’ingénierie à Béjar, avant de prendre la direction de Madrid une fois le diplôme en poche. Là, Carranza et ses collègues s’inscrivent à un cours d’automobile, un contexte où les pauses, à l’époque, se remplissent naturellement de café et de mus.
Le détail qui change tout tient en une rencontre: parmi les joueurs réguliers figure le responsable de production de Moto Vespa. Le lien se crée, les discussions s’enchaînent, et Carranza finit par intégrer l’Office de projets de Motovespa, le licencié espagnol de Vespa. L’entreprise cherche alors un produit capable de toucher large, dans un marché qui a besoin d’un deux-roues simple, économique et accessible.
Un cyclomoteur pensé pour « le marché le plus large possible »
Le Vespino ne naît pas d’une feuille blanche. Carranza travaille à partir d’une idée plus ancienne attribuée à un membre de sa famille, Juan Antonio Hernández Núñez, capitaine du Corps des ingénieurs. Dans les années 1920, ce dernier aurait conçu un véhicule deux-temps extrêmement léger, au principe si simple qu’il pouvait être adapté à des machines très différentes, du matériel de jardinage à d’autres équipements utilitaires. Chez Motovespa, l’objectif devient clair: décliner cette logique sur un cyclomoteur.
Le nom « Vespino » s’explique par ce point de départ: l’univers Vespa sert de base, avec des éléments comme un guidon en aluminium et un châssis à berceau ouvert. L’ambition affichée reste celle d’un moyen de transport économique, susceptible d’être accepté par le plus grand nombre. Dans l’Espagne de l’époque, l’enjeu est autant industriel que social: mettre la mobilité à portée de main.
3 ch, env. 50 km/h et une idée de transmission qui fera école
Le projet se distingue par un choix technique qui marquera durablement le cyclomoteur: une transmission automatique continue par variateur centrifuge. Selon le récit publié, Carranza ne se contente pas de participer au développement, il en est la tête pensante, depuis l’adaptation du moteur issu de la Vespa jusqu’à cette solution de variation, présentée comme une innovation dont d’autres s’inspireront ensuite avec des modifications légères.
Dans sa configuration emblématique, le Vespino est crédité de 3 ch. L’ensemble repose sur un petit moteur deux-temps très léger, taillé pour l’usage quotidien. Les informations disponibles évoquent une vitesse maximale d’environ 50 km/h, cohérente avec l’esprit du cyclomoteur: se faufiler, aller travailler, rendre service, rouler sans cérémonial. Le Vespino n’est pas un objet de performance, mais un outil de liberté simple, presque évident.
Trois ans pour passer du projet à la rue
Le calendrier frappe par sa rapidité: en trois ans, le Vespino est prêt pour la production. La date de lancement est précisément mentionnée: le premier modèle arrive sur le marché le 19 février 1968. Pour un deux-roues appelé à devenir un phénomène de masse, ce moment ressemble à un point de bascule discret, celui où une idée née entre deux plis de cartes devient un produit industriel.
Le récit insiste aussi sur deux leviers décisifs dans l’adhésion populaire: un prix de vente présenté comme très bas et un entretien à la portée de tous. Sans détailler de montant, la source décrit un cyclomoteur pensé pour être compris et maintenu facilement, une caractéristique qui compte autant que la fiche technique quand un véhicule doit vivre dehors, tous les jours, et passer de main en main.

Un succès qui dépasse l’Espagne: Angleterre, Allemagne, France
Le Vespino ne reste pas cantonné à son marché domestique. Toujours selon les informations publiées, la production atteint déjà 55 000 unités en trois ans, et des exemplaires sortent de l’usine madrilène vers plusieurs pays, dont l’Angleterre, l’Allemagne et la France. Pour un cyclomoteur de 3 ch, cette trajectoire raconte un autre aspect du modèle: sa capacité à répondre à un besoin universel, celui d’une mobilité simple et abordable.
Au fil des décennies, le chiffre devient colossal: près de 1 800 000 exemplaires fabriqués en trente ans. Ce volume place le Vespino au rang d’icône industrielle et culturelle. Il ne s’agit plus seulement d’un produit qui se vend bien, mais d’un deux-roues qui s’inscrit dans la mémoire collective, associé à l’apprentissage, aux premiers trajets autonomes, aux déplacements modestes mais essentiels.
La fin de production en 2000, et une seconde vie utilitaire
Comme souvent avec les objets populaires, la longévité n’empêche pas la fin. La production s’arrête en 2000. Les dernières unités sont notamment associées à des usages professionnels, comme la livraison de pizzas et certains services postaux. Cette image de fin de carrière résume bien la philosophie du Vespino: un véhicule fait pour servir, endurer, repartir, plutôt que pour briller.
Le récit souligne enfin une évolution typique des machines cultes: ce qui était conçu comme économique devient, avec le temps, une « joya de culto », une pièce de collection. La presse spécialisée espagnole évoque des exemplaires survivants dont la valeur peut dépasser largement celle de l’époque, signe qu’un cyclomoteur né pour être un outil a fini par devenir un marqueur culturel.
Pourquoi l’histoire du Vespino continue de fasciner
Le Vespino condense plusieurs ingrédients rares dans une même trajectoire: un inventeur identifié, Vicente Carranza, une origine insolite liée à une partie de mus dans un bar madrilène, une entreprise, Motovespa, qui cherche un produit populaire, et une solution technique marquante, le variateur centrifuge, au service d’une promesse simple. Ajoutés à une date de lancement claire, le 19 février 1968, et à des chiffres de production impressionnants, environ 55 000 unités en trois ans puis près de 1 800 000 en trente ans, ces éléments composent un récit solide.
Mais au-delà des faits, le Vespino reste un symbole parce qu’il raconte une époque: celle où 3 ch et environ 50 km/h suffisaient à changer le quotidien. Un cyclomoteur humble, presque minimaliste, capable pourtant de conquérir des routes bien au-delà de Madrid, et de devenir, sans artifices, l’une des grandes icônes populaires du deux-roues espagnol.
Sources : Motorpasion Moto
Image à la une : un Vespino TL de Motovespa, le cyclomoteur espagnol vendu à environ 1,8 million d’exemplaires. Photo : Schumi4ever, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
