Une moto de 630 kg, un V10 de 500 ch et 307 km/h à deux, la Millyard Viper part aux enchères entre 100 000 et 150 000 livres
Il existe des motos rares, des motos chères, et puis il y a des machines qui semblent sorties d’une légende d’atelier.
La Millyard Viper V10 appartient à cette dernière catégorie: un monstre à deux roues animé par un moteur de Dodge Viper, fort de 8 300 cm3, annoncé à 500 ch et 713 Nm. Capable de dépasser les 300 km/h, et créditée d’un record national à 307 km/h avec un passager, cette pièce unique s’apprête à changer de mains lors d’une vente aux enchères organisée au National Motorcycle Museum.
Une idée née à Goodwood, face à la Dodge Tomahawk
L’histoire, rapportée par Motorradonline, commence en 2004 au Festival of Speed de Goodwood. Steven Millyard y découvre la Dodge Tomahawk, concept spectaculaire équipé d’un moteur de Viper et reconnaissable à ses roues jumelées. Le prix alors évoqué tourne autour de 500 000 dollars, de quoi marquer les esprits. C’est à ce moment-là que naît le défi familial: Steven assure à son père, Allen Millyard, qu’il peut faire mieux, pour moins cher, et surtout avec une machine qui roulerait comme une vraie moto.
Le nom d’Allen Millyard n’est pas anodin dans le monde de la mécanique artisanale britannique. Ici, le projet prend une direction claire: pas une sculpture immobile, mais une moto fonctionnelle, assumant la démesure d’un V10 de voiture de sport sur deux roues.
Un V10 de Dodge Viper d’occasion, 8 300 cm3 et 713 Nm sur la table
Le cœur du projet est un moteur de Dodge Viper d’occasion, un V10 de 8 300 cm3. Les chiffres cités par la source allemande donnent le ton: 500 ch et 713 Nm (soit bien plus de 700 Nm). Dans une automobile, ce groupe motopropulseur impose déjà le respect. Sur une moto, il change l’échelle de tout: châssis, empattement, position de conduite, transmission, et même l’idée que l’on se fait d’un deux-roues.
Allen Millyard installe ce bloc dans un châssis en acier fabriqué maison. Le résultat ne cherche pas à masquer sa nature: la mécanique est l’argument central, et la moto s’organise autour d’elle, comme si le moteur était l’architecture et le reste, l’habillage.

630 kg, 2,70 m de long: la démesure rendue roulante
Les mesures donnent le vertige. La Millyard Viper V10 affiche 630 kg sur la balance, un empattement d’environ 2 mètres et une longueur totale proche de 2,70 mètres. Ce n’est plus seulement une moto « grande », c’est une moto pensée comme une plateforme capable d’encaisser l’inertie, le couple et les contraintes d’un moteur hors normes.
La position de conduite participe au caractère insolite de l’engin: le pilote s’allonge sur un réservoir de 15 litres, placé au-dessus du V10. La scène a quelque chose de théâtral, presque anachronique, comme si l’on avait réinventé une moto de record en partant d’un moteur moderne et en reconstruisant tout le reste autour, avec les moyens d’un atelier et l’obstination d’un ingénieur.
Une transmission à une seule vitesse, façon Boss Hoss
Pour faire passer 713 Nm à la roue, la Millyard Viper V10 adopte une solution qui rappelle les anciennes Boss Hoss: une seule vitesse. D’après Motorradonline, le rapport s’enclenche via l’embrayage, et le couple est transmis au travers d’un convertisseur. Ce choix résume l’esprit du projet: simplifier là où c’est possible, et renforcer là où c’est indispensable.
Dans cette configuration, la machine ne se raconte pas avec les codes habituels des sportives ou des roadsters. Elle se raconte comme un objet d’ingénierie artisanale, où chaque décision technique vise d’abord à rendre l’ensemble exploitable, puis à le rendre cohérent à haute vitesse.

Une partie-cycle hybride: gros tubes, éléments de R1 et pièces japonaises
La partie-cycle s’appuie sur des composants à la hauteur du défi. À l’avant, la fourche utilise des tubes de 75 mm, une dimension qui annonce la rigidité recherchée. À l’arrière, la source mentionne des éléments de Yamaha R1, et plus largement de nombreuses pièces issues de motos japonaises des années 1990 et 2000. Ce patchwork n’a rien d’un bricolage au rabais: il s’agit d’un assemblage pragmatique, puisant dans des composants connus pour leur disponibilité, leur robustesse et leur capacité à encaisser des contraintes élevées.
Cette approche raconte aussi une époque, celle où l’ingéniosité des préparateurs consistait à détourner des pièces existantes pour servir un dessein inédit. Ici, le dessein est clair: faire rouler un V10 de Viper sur deux roues, et le faire rouler vite.
Plus de 300 km/h, et un record à 307 km/h avec passager
Les performances annoncées sont à la mesure du mythe. Motorradonline indique que plus de 300 km/h sont possibles avec la Millyard V10. La machine revendique également plusieurs records nationaux, dont un particulièrement frappant: 307 km/h avec un passager. Dans un univers où la vitesse se joue souvent en solo, ce détail ajoute une couche de fascination, et rappelle que la moto n’est pas seulement une curiosité statique, mais un véhicule réellement utilisé pour des tentatives et des roulages.
Le fait même qu’une telle machine, longue de près de 2,70 mètres et lourde de 630 kg, puisse viser ces vitesses, éclaire l’ampleur du travail réalisé sur la stabilité et la tenue de cap. La Millyard Viper V10 ne se contente pas d’exister, elle s’inscrit dans une tradition de machines de records, avec une esthétique et une logique mécaniques très contemporaines.
Une moto qui a vécu: environ 14 500 km, dont un tour sur l’île de Man
Autre élément qui distingue la Millyard Viper V10 d’un simple exercice de style: son kilométrage. La source allemande évoque environ 14 500 km parcourus « à travers le pays ». Ce n’est pas un chiffre anecdotique pour une moto aussi extrême, et cela confirme qu’elle a été utilisée sur route, pas uniquement exposée.
Parmi ces kilomètres figure notamment un tour sur l’île de Man, sur le tracé associé au Tourist Trophy (TT). Là encore, l’information ne sert pas à transformer la Millyard en moto de course, mais à rappeler sa nature: un engin hors gabarit, pourtant capable de s’inscrire dans des parcours et des rites majeurs de la culture moto britannique.
Une vente aux enchères au National Motorcycle Museum, estimation de 100 000 à 150 000 livres
La Millyard Viper V10 doit passer aux enchères au National Motorcycle Museum, lors d’une vente programmée les 21 et 22 juillet. La moto apparaît sous le lot numéro 400. L’auctioneer H&H en attend entre 100 000 et 150 000 livres, avec un ordre d’idée donné par Motorradonline: à partir d’environ 120 000 euros pour un tel objet.
Le montant peut sembler extravagant pour une moto, mais l’argument culturel est évident: il ne s’agit pas d’un modèle produit en série, ni d’une préparation reproductible. C’est une pièce unique, liée à une histoire précise, à un nom, et à une démarche d’ingénierie artisanale devenue rare à ce niveau de complexité.
Une curiosité homologuée au Royaume-Uni, symbole d’une époque
Motorradonline précise que la moto est homologuée pour la route au Royaume-Uni. La question d’une homologation dans d’autres pays est évoquée comme incertaine, signe que l’objet reste profondément ancré dans son contexte national. Et c’est peut-être là une partie de son charme: la Millyard Viper V10 ressemble à un artefact d’une culture mécanique britannique, où l’on ose encore fabriquer l’improbable, puis l’emmener sur la route.
À l’heure où la performance se mesure souvent à l’aune de l’électronique, des plateformes standardisées et des puissances optimisées, cette moto raconte autre chose: l’audace d’un V10 de 8 300 cm3, 500 ch, 713 Nm, monté dans un cadre acier fait maison, pour aboutir à 630 kg de démesure assumée. Une machine qui, avant même le coup de marteau de l’enchérisseur, appartient déjà à l’histoire insolite de la moto.
Sources :
- Motorrad
- www.bikebound.com
