Ce prototype de 600 chevaux a frôlé les 322 km/h, un carénage recoupé lui a coûté le record
Le lac salé de Bonneville, dans l’Utah, est ce qu’il reste d’un lac qui couvrait une partie de l’ouest de l’État il y a plus de 15 000 ans.
Chaque année, une croûte de cristaux de sel y sert de piste aux machines venues chercher un record. En septembre, Lightning Motorcycles y a emmené un prototype électrique de 600 chevaux. Il est reparti sans le record, et ce n’est pas la puissance qui lui a manqué.
Cinq niveaux de puissance, jusqu’à 600 chevaux
La Lightning WTF est un prototype électrique à deux moteurs et une seule batterie, partiellement caréné, conçu par Richard Hatfield, le patron de la marque. Elle propose cinq niveaux de puissance : 200, 300, 400, 500 et 600 chevaux.
Son nom vient d’une séance au banc. Sanglée sur le rouleau, la machine levait encore la roue avant à 273,6 km/h, soit 170 mph, au point de faire sursauter l’opérateur. Hatfield y lit aussi les initiales de World’s True Fastest, la vraie plus rapide du monde.
La filiation, elle, est connue. La LS-218 de Lightning tire son nom des 218 mph, soit 350,8 km/h, atteints à Bonneville en 2011. En 2013, elle est devenue la seule moto électrique à gagner au classement général de la course de côte de Pikes Peak, avec Carlin Dunne, décédé depuis. La WTF en descend directement.
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Le record à battre tient sur un mile
La cible était le record AMA de la classe APS-W 300 kg, fixé à 203,361 mph, soit 327,3 km/h. L’équipe avait une semaine.
La procédure ne laisse pas de place à l’à-peu-près. La piste fait 27,4 mètres de large, la vitesse doit être tenue sur un mile chronométré, avec deux à trois miles pour lancer la machine, et il faut repartir en sens inverse une fois le passage validé par les officiels.

Sur le sel, la puissance ne compte que si le pneu l’accepte
Rennie Scaysbrook, journaliste et pilote, n’avait jamais roulé sur le sel. Il avait essayé la WTF sans carénage plus tôt dans l’année, jusqu’à 281,6 km/h, soit 175 mph, avant de manquer de piste.
À Bonneville, il a bouclé une passe de qualification à 201,2 km/h, soit 125 mph, puis les officiels l’ont laissé continuer. Sa première vraie tentative est partie directement à 296,1 km/h, soit 184 mph, et encore sur le niveau de puissance le plus bas. Rouler sur le sel, décrit-il, revient à rouler sur des roulements à billes comprimés : la roue arrière ne trouve jamais vraiment d’appui et reste au bord du patinage.
À ce rythme, les chiffres donnent le vertige. À 321 km/h, la machine avale 400 mètres toutes les 4,5 secondes, et il faut tenir les gaz grands ouverts sur environ six kilomètres avant de commencer à relâcher.

Le carénage qui a tout arrêté
Hatfield avait monté sur la WTF un carénage au palmarès sérieux : il avait déjà atteint 297,970 mph, soit 479,5 km/h, au Salar de Uyuni, en Bolivie, avec Ralph Hudson. Sauf qu’il a fallu l’adapter au gabarit du pilote, 1,85 mètre et large d’épaules. La bulle a été recoupée, les flancs élargis.
Au-delà de 302,6 km/h, soit 188 mph, un louvoiement est apparu. À 313,8 km/h, soit 195 mph, la moto oscillait sur toute la longueur du mile chronométré, le carénage fléchissant à cette vitesse. Rien d’un guidonnage violent : le pilote parle d’une oscillation étrangement calme, comme un bateau ballotté par les vagues, qu’il fallait ramener sous contrôle à chaque passage.

Six tentatives, aucun record
Le chronométrage officiel a retenu un meilleur mile à 183,167 mph, soit 294,8 km/h, et un meilleur kilomètre à 184,311 mph, soit 296,6 km/h. Les données embarquées de Lightning, elles, indiquent une pointe à 199,98 mph, soit 321,8 km/h. La barre des 200 mph, 321,9 km/h, a donc été effleurée sans jamais être tenue sur la distance chronométrée.
Le dernier matin, l’équipe a tenté de faire rouler la machine sans carénage. Un problème technique l’a bloquée à 209,2 km/h, soit 130 mph.
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Une marque née d’une R1 de piste
L’histoire de Lightning commence à la fin des années 1980, quand Hatfield est invité à courir une voiture électrique à Phoenix. La première moto, l’E1, date de 2005 ou 2006 : une Yamaha YZF-R1 de piste, des batteries au lithium de première génération, un moteur asynchrone et une commande industrielle, pour environ 65 chevaux et 87 Nm.
La suivante a reçu le moteur de la GM EV1, environ 140 chevaux d’origine, fourni par celui qui dirigeait alors la technique chez Tesla. Emmenée à Bonneville, elle a signé 176 mph, soit 283,2 km/h, dès sa première tentative, et effacé un record vieux de trente ans détenu par Mike Corbin.
Près de quarante ans après ces débuts, la marque repart du sel sans son record, mais avec des données. Le pilote décrit un milieu sans ego, où chacun veut voir les autres aller vite et rentrer entier, et prévient que le chantier n’est pas terminé.
Sources : Cycle News
