Harley-Davidson a vendu un scooter qu’on démarrait comme une tondeuse à gazon
La petite anomalie de l’histoire Harley-Davidson porte un nom simple, Topper.
Produit de 1960 à 1965, il reste le seul et unique scooter jamais mis sur le marché par le constructeur réputé pour ses grosses cylindrées. Plus qu’une curiosité, le Topper incarne une tentative délibérée d’entrer sur un marché urbain et utilitaire, avec des choix techniques et esthétiques surprenants pour la marque.
Un geste familier pour démarrer : le lanceur à corde
Le démarrage du Topper se fait par un lanceur à corde à rappel automatique, exactement du type que l’on trouve sur les tondeuses à gazon. Les concepteurs misaient sur la familiarité de ce geste, supposant que des usagers non spécialistes de la moto accepteraient volontiers un système simple et direct plutôt qu’un démarreur électrique. Cette particularité a marqué les esprits et figure au premier plan des descriptions historiques du modèle.
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Un moteur deux-temps compact et caractériel
Au cœur du Topper bat un monocylindre deux-temps à clapet de 164 cm3 (souvent arrondi à 165 cm3), monté à l’horizontale sous le plancher. L’alésage est de 60,3 mm et la course de 57,9 mm. La version standard délivre 9 ch (6,7 kW), suffisants pour animer un véhicule urbain léger et atteindre une vitesse maximale annoncée de 74 km/h. Une déclinaison dégonflée, limitée à 5 ch (3,7 kW), était proposée pour répondre aux réglementations locales et aux besoins des conducteurs bénéficiant de permis restreints.
À partir de 1961, une évolution mécanique a introduit une culasse en alliage augmentant le taux de compression à 8,0 pour 1, accompagnée d’autres ajustements techniques visant à améliorer la respiration et l’efficacité du moteur. La capacité du réservoir, de 6,4 litres, et l’empattement de 1 308 mm définissaient un gabarit compact, pensé pour une utilisation quotidienne et pratique.
Scootaway Drive, la transmission automatique au cœur du débat
La transmission adoptée par Harley pour le Topper est une boîte à variation continue entraînée par courroie, commercialisée sous le nom Scootaway Drive. Cette solution permettait une conduite sans changement de vitesses, le moteur étant relié à la transmission de façon à offrir des rapports variables, en l’occurrence compris entre 18 pour 1 et 6 pour 1, selon les phases d’accélération.
Malgré l’idée séduisante d’une conduite simplifiée, la Scootaway a représenté la principale source de griefs. Des projections et la crasse de la route pouvaient pénétrer dans le mécanisme et provoquer le patinage de la courroie. Face à ce problème, des améliorations ont été mises en œuvre dès 1961, notamment l’introduction d’une transmission dont l’entraînement primaire était scellé dans un bain d’huile, afin de limiter l’encrassement et d’améliorer la fiabilité. Le principe de la variation continue par courroie n’avait d’ailleurs rien d’inédit en 1960, il circulait dans le scooter américain depuis l’avant-guerre.
Carrosserie, ergonomie et ciblage d’une clientèle nouvelle
Le Topper combine tôle d’acier emboutie et fibre de verre moulée. La partie avant, le garde-boue avant et les planchers étaient réalisés en tôle d’acier, tandis que le cache-moteur et la coque provenaient de pièces en fibre de verre moulée. Cette combinaison visait à contenir les coûts tout en offrant une apparence moderne, la fibre de verre permettant des formes plus souples et un entretien simplifié.
L’architecture comporte un plancher plat et un enjambement bas, des caractéristiques conçues pour rendre le deux-roues accessible aux personnes qui n’étaient pas déjà motardes. Au-delà de la technique, il s’agit d’une stratégie commerciale : séduire un public urbain, quotidien et parfois débutant, qui cherchait un moyen de transport simple et maniable.
Publicité d’époque, accessoires utilitaires et fin de parcours
La communication commerciale autour du Topper illustre le décalage entre la réputation actuelle de Harley-Davidson et sa volonté d’alors d’occuper tous les segments du marché. Une réclame de l’époque présente le scooter comme un modèle signé Harley-Davidson, mettant en avant la transmission automatique Scootaway et un centre de gravité très bas, et se présentant elle-même comme le premier fabricant mondial de véhicules motorisés légers. Ce positionnement, aujourd’hui surprenant, reflète l’ambition de la marque de diversifier son offre.
Parmi les accessoires proposés, un side-car utilitaire, qualifié de fourgon à colis, pouvait être attelé au Topper, renforçant son rôle de véhicule de transport léger et urbain. Malgré ces attentions, la commercialisation du Topper cessera en 1965, sans successeur direct. L’arrêt de la production coïncide avec une période où la concurrence étrangère, notamment japonaise, accentuait sa présence sur les marchés et modifiait profondément l’équilibre du secteur.
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Un épisode atypique du patrimoine Harley-Davidson
Le Topper reste, dans les collections comme dans les mémoires, un épisode à la fois inattendu et révélateur. Il témoigne d’une époque où les constructeurs américains exploraient de nouvelles voies pour capter une clientèle urbaine, et où des solutions techniques simples, comme le lanceur à corde et la transmission Scootaway, étaient mises en avant pour démocratiser l’usage motorisé. Produite pendant une courte période, cette singularité de la gamme Harley-Davidson illustre la tentative d’adapter l’image et le savoir-faire d’un fabricant de grosses motos à un marché distinct, avant que l’évolution du paysage industriel n’entraîne l’arrêt du projet.
Sources :
- Wikipedia (en), Harley-Davidson Topper
- National Motorcycle Museum, 1965 Harley-Davidson Topper Scooter
- Publicité Harley-Davidson pour le Topper, 1960
