Kawasaki construit un engin sans roue ni guidon et il se chevauche
L’engin n’a pas de roue, pas de guidon, et il porte pourtant le nom d’un constructeur de motos.
Le Corleo de Kawasaki est une monture à quatre pattes que l’on enfourche, conçue pour le tout-terrain et animée par l’hydrogène. Présenté à l’Exposition universelle d’Osaka en 2025 comme une vision pour 2050, il vient de gagner une quinzaine d’années d’un coup: le calendrier a été avancé et le projet a désormais sa propre division dans l’entreprise.
Les pattes arrière empruntent leur mécanique au bras oscillant
Le Corleo reprend des principes mécaniques issus du monde de la moto, transposés à un châssis à quatre pattes. La propulsion repose sur un moteur à hydrogène de 150 cm3. Le dispositif d’absorption des irrégularités du terrain, lui, s’inspire directement du bras oscillant utilisé sur les motos du constructeur. Appliqué aux pattes arrière, il leur permet de monter et de descendre indépendamment l’une de l’autre pour encaisser les chocs et garder l’assiette.
La conduite abandonne le guidon. Le pilote oriente la machine en déplaçant le poids de son corps, comme il le ferait sur un cheval, ce qui suppose une gestion de l’équilibre confiée à la machine elle-même. Le carburant serait stocké dans des cartouches d’hydrogène placées à l’arrière, sans que le détail en soit confirmé.
La moto de Steve McQueen a des papiers qui ne correspondent pas à la machine
Une division entière a été créée pour tenir le nouveau calendrier
Le constructeur a structuré le projet en créant une division dédiée, baptisée Safe Adventure Business Development Team. Dans ce cadre, un simulateur pour piloter virtuellement le Corleo est attendu pour 2027, afin de peaufiner les interfaces homme-machine et les systèmes de contrôle. Un prototype capable d’excursions d’essai est prévu pour une présentation à l’Exposition universelle de 2030 à Riyad, et une mise sur le marché est évoquée pour 2035. Ces jalons marquent un tournant: ce qui était présenté comme une vision à long terme a désormais un calendrier concrétisé sur la prochaine décennie.
À Pékin, on montait déjà sur une machine du même genre
Alors que Kawasaki avance ses plans, des machines de la même famille d’idées ont déjà été exposées lors d’un grand rendez-vous de la robotique. À la World Robot Conference de Pékin, en août 2026, la société DaxAI a présenté le Qiji X1, un quadrupède montable destiné au transport de personnes sur son dos. L’appareil est électrique et ses chiffres vérifiés le situent plutôt dans un registre de mobilité lente et utilitaire: il affiche une capacité de charge dynamique de 300 kg, une autonomie de 40 km et une vitesse de pointe de 10 km/h.
Dix kilomètres par heure, c’est l’allure d’un homme qui marche vite. Cette lenteur, et le choix de l’électrique, éloignent nettement le Qiji X1 des ambitions affichées pour le Corleo, qui mise sur l’hydrogène et sur un usage tout-terrain d’une autre nature.

Deux machines très éloignées derrière une idée commune
Il serait réducteur de considérer ces deux machines comme équivalentes. Le Qiji X1, en version électrique, se positionne comme un robot montable à vitesse modérée et à autonomie adaptée à des missions courtes. Le Corleo, pour sa part, se conçoit comme une évolution de la mobilité hors-route, intégrant des savoir-faire issus de la moto et cherchant à exploiter l’hydrogène pour des performances et une autonomie adaptées à l’aventure.
Ce qui frappe néanmoins, c’est la proximité conceptuelle apparente: l’idée d’une monture robotique sur laquelle un pilote prend place se déploie aujourd’hui dans plusieurs laboratoires et stands de salon, au Japon comme en Chine. L’apparition de machines marchantes et montables sur des foires internationales témoigne d’une convergence d’intérêts industriels et de recherche autour d’une forme de mobilité qui n’utilise pas la roue comme premier mode de locomotion.
Cette moto compte 48 cylindres et elle a le droit de circuler sur route
La feuille de route d’un côté, le stand de salon de l’autre
L’anomalie tient au contraste entre une feuille de route corporate ambitieuse, annoncée par un constructeur historique de véhicules motorisés, et des réalisations déjà montrées sur les salons de la robotique. Le Corleo incarne une vision long terme, structurée et intégrée à une stratégie commerciale, avec des étapes claires vers un prototype, un simulateur et un déploiement commercial. En parallèle, des entreprises développent et exposent des machines marchantes qui rendent tangible une idée longtemps cantonnée aux concepts.
Ce décalage ne veut pas dire qu’un acteur est dépassé par l’autre. Il montre surtout qu’une même intuition, celle d’une monture mécanique qui marche au lieu de rouler, chemine en parallèle dans plusieurs pays et par des voies techniques très différentes.
Reste que voir un fabricant de motos consacrer une division entière à un engin sans roue en dit long sur la façon dont ces entreprises envisagent la décennie qui vient. Le Corleo n’ira pas sur route, il vise ce que même un trail ne franchit pas.
Sources :
- Electrive
- Hypebeast
- Global Times, quadrupedes montables
- Motorpasion Moto
